Premiers émois (suite et fin)

Mes nuits prirent une autre tournure dès ce soir là. Mes démons disparurent comme par enchantement. Le gros porc satanique avait laissé sa place à une déesse dénudée sous les traits de ma cousine. Je ne me réveillai plus la nuit et Kareena n’eut plus à me consoler. Il me sembla que je fus guérie mais quelque chose me gênait encore. Il m’arrivait des fois, durant mon sommeil, au détour d’un rêve, de ressentir au niveau du bas-ventre, ce même fourmillement du premier instant. Mais cette fois, mon corps se laissait faire, me procurant, à tous les coups, un sentiment de bien-être qui devait certainement se lire sur mon visage endormi. Je domestiquais, enfin, ces violents émois.

Souvent, je m’empressai de me coucher très tôt dans ma chemise de nuit, sans sous-vêtements, tant j’attendais, avec impatience, ma rencontre avec Kareena au pays des songes roses. Si normalement ma cousine et moi n’étions plus aussi proches, dans mes nuits nous nous rapprochions chaque fois d’avantage. De rêves en rêves, l’intensité de mes réactions montait d’un cran, répondant à un effleurement, une parole ou un sourire onirique de Kareena. Tant et si bien qu’un soir, je me surpris à recréer la douce sensation que je perçus quand elle me prit les seins dans ses mains. Sous mes draps mes paumes frôlaient mes mamelons, me rendant aussi extatique que la première fois. J’étais prête à en recevoir plus.

Après quelques minutes de caresses, l’image de Kareena en tête, je remontai ma chemise de nuit, me touchai la vulve et vécus, pour la première fois, le choc d’une décharge électrique qui sidéra tout mon être. J’en voulus plus, gourmande de cette étrange extase.

Instinctivement, je serrai mes cuisses, aussi fort que je pus, les frottant subtilement de bas en haut, l’une contre l’autre, enserrant le foyer de mes émois, humide et réceptif. Mon corps se mit à tressaillir de minuscules soubresauts. Une étrange chaleur prit naissance dans l’âtre de mes désirs, monta doucement avant de déferler soudainement dans le reste de ma chair en sueur. Ma tête explosa presque et je voulus crier. Mais d’instinct, je me bâillonnai d’une main, me pinçai les lèvres et plissai les yeux le plus fort possible. Quand ce fut fini, toute en nage, je voulus de constater les dégâts, mais exténuée je m’endormis, le sourire aux lèvres… heureuse.

L’exploration solitaire de mon corps continua ainsi plusieurs nuits de suite et je pus ouvrir quelques portes qui m’étaient resté cachées. Mon cœur se fixa sur Kareena, mais ma raison me gardait loin d’elle. Elle s’en rendit compte. Elle chercha à maintes reprises à me parler pour connaître les raisons de ce froid impromptu. Je restai fermée, retranchée, timide derrière une honte évidente et ce malgré un bonheur intérieur tout aussi évident. Ma cousine en fut quelque peu affectée, innocemment ignorante de mes pensées les plus intimes.

Et les choses allèrent trop loin, un soir. Kareena réussit enfin à me parler. Nous eûmes, comme à nos anciennes habitudes, une de ces conversations nocturnes où normalement nous pouvions nous toucher sans arrière-pensées. Mais là je gardais mes distances, intimidée, peut-être, à l’idée de mes réactions trop spontanées. Ma belle cousine me confia qu’elle se sentait triste de ne plus pouvoir me parler et voulut en savoir les causes. Ma seule réponse était d’une simplicité évidente et tout aussi désarmante.

« Parse ki mo kontan twa é ki mo pér pou dir twa sa. » (Parce que je t’aime et que j’ai peur de te le dire).

Je ponctuai mon aveu d’un bref baiser sur les lèvres de celle que je désirais. Kareena s’en émut tout naturellement et prolongea ce doux moment d’un plus long baiser sur ma bouche. Mêmes émois, mêmes étourdissements, même fourmillement, mais cette fois je gérais et prenais même les devants.

L’amour grandi que j’éprouvai pour ma cousine me comblait, mais avait un goût d’inachevé. Par peur des tabous, des on-dits, des règles et des normes sociales, je ne pouvais vivre mon idylle à sa juste valeur. Bien au contraire…

Un sentiment de honte me hantait quand j’imaginais que ma tante Anju pouvait lire sur mon visage, mes émotions contre-nature, j’avais honte de rougir quand je voyais Kareena, honte de sourire à sa seule vision, honte d’être amoureuse de l’aînée des filles de mon oncle. Je me refrénais de la toucher, de lui parler, le jour. Je ne comptais que sur les faveurs de la nuit pour un peu d’intimité.

Mon amour coupable me rongeait de plus en plus et devenait problème. Vivre si proche de mon aimée et me sentir pourtant si loin m’insupportait. Je me mis à me haïr, à la haïr, à haïr tout le monde, sous prétexte que tous étaient les raisons qui m’empêchaient d’être enfin heureuse.

Il fallait que je parte.

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