Mes raisons

On me l’a encore demandé ce matin. Pourquoi avoir écrit une histoire de femme et pourquoi cet acharnement à décrire le désespoir dans une version relativement crue ? La réponse réside, comme je le mentionnais plus tôt, dans un vécu d’une rare violence où je me suis confronté à l’éternel question des tabous, des non-dits et des réponses intimement chuchotées. Comment une société, qui se dit tolérante et moderne, peut-elle pousser au suicide ceux et celles qui ont un mode de vie différent ?

Oumaouti représente cette amie, qui s’est laissée bouffer par une ligne de pensée archaïque qu’on imaginait appartenir à un siècle révolu. Force est de constater que même dans cette île, dont on loue la modernité aux quatre coins du monde, le dogme de l’irrationnel tient une place dominante dans le destin de toute une jeunesse. Quelques vieux pseudo-sages issus de certains cercles socio-culturels, exercent un dictat des plus déshumanisants et altèrent le devenir d’un fils ou d’une fille pour asseoir une pseudo-ascendance communale, sociale ou même patrimoniale. Pour ceux-là l’homosexualité devient une tare, une tache, une maladie dégénératrice. Et de cette homophobie jaillissent des réflexes qui appartiennent à un autre temps ; bannissement, malédiction, délit de faciès, méfaits de sorcellerie, en bref toute la panoplie des tortures morales du moyen âge. Oui… Ici à l’Île Maurice… en 2009, ce sont encore des pratiques courantes.

Mon Oumaouti à moi avait 23 ans quant elle mourut après avoir ingurgité du Gramoxone. Elle qui respirait la vie et qui avait des projets plein la tête, ne méritait certainement pas de tirer sa révérence de cette façon. Elle s’est bien donnée la mort mais elle n’était que le missile qu’avait tiré l’arme d’un autre, des autres. La lâcheté, la méchanceté et l’ignorance de certains, soi-disant, bien-pensants auront quelquepart legitimé ce crime, le maquillant en un banal suicide rapporté en un titre et dix lignes dans une feuille de chou.

Elle qui avait tout pour une vie parfaite, s’est retrouvée reniée par sa famille, bannie de ces fêtes hautes en couleurs, humiliée en public, privée du droit d’aimer qui elle voulait. On la voulait médecin, avocate ou comptable mais surtout pas en lesbienne hindoue.

Aujourd’hui, son sourire me manque, sa voix ne me réjouit plus, et ses yeux ne me veront plus rigoler de ses frasques de jeune fille bien faite. Aujourd’hui, peut-être, terminerai-je mon deuil en montrant du doigt les effets pervers d’un traditionalisme mal placé. Aujourd’hui, j’espère pouvoir la faire revivre en esprit en démontrant ce qu’elle aurait pu être si certains n’avaient pas décidé de sa place… à sa place.

BC

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