Chapitre 1 – Fin de Cavale


« Les honnêtes femmes sont inconsolables des fautes qu’elles n’ont pas commises. »

Sacha GUITRY

Je m’en souviens comme si c’était hier… Oui, je me souviens de ces trois puissants faisceaux qui perforaient l’obscurité de ce petit matin glacé de la Résidence Kennedy… Je me souviens n’avoir pas bougé, d’avoir hésité à respirer pour que les lampes-torche de ces chiens ne nous détectent pas, moi et ma petite princesse.

Après une belle nuit d’amour, elle s’était lovée contre moi et m’avait juré de m’aimer pour toujours, à la suite d’un baiser tendre et passionné. Signe du destin, certainement.

Ma paume gauche posée sur son ventre plat, la droite sur son sein gauche, nous nous étions endormies, ivres d’amour, sur cette paillasse à même le sol, seul luxe de notre sordide cachette.

L’énorme fracas à la porte d’entrée me crispa. Instinctivement, je serrai Tanuja, tout en tentant de la cacher en me penchant sur elle, comme pour la protéger de ces maudits chiens.

« Oumaouti Rathod ! La poliss sa… Pa bouzé personn… A kot mamzel Linkaya ? » (Oumaouti Rathod ! C’est la police… Que personne ne bouge… Où est Mademoiselle Linkaya ? )

Les chiens… ! Ils avaient déjà enfoncé la porte de la chambre avant ma réponse.

Je devinais quatre policiers… Quelqu’un fit la lumière et devant nous, nues, encore enlacées, se tenaient trois hommes en uniforme, aux yeux exorbités, se délectant de nos intimités, sans en perdre une goutte.

« Guet sa bann pitin la enn koutt ! » (Vise-moi ces putes), « wa dir péna assez zomm ! » (On aurait dit qu’il n’y avait pas assez d’hommes sur terre), lâcha un des chiens avec un accent des plus vulgaires.

« Trouvé zot pa finn pass are mwa ! » (Ca se voit qu’elles ne m’ont pas connu), renchérit, sur un ton moqueur, un deuxième.

« Less li missié, li pann fer narien ! » (Laissez-la, elle n’y est pour rien), implorait Tanuja, comme un disque rayé.

Puis une fluette voix de femme dit aux hommes : « Alé assé asterr. Fimm inn fini. Less sa bann mamzel la abiyé. » (Bon ça suffit maintenant. Laissez ces filles s’habiller).

La ‘Police Warden‘ (auxiliaire de police féminin) Jughoo eut la noblesse de nous protéger du regard de ces policiers encore excités, tel des chiens baveux. Elle nous permit de nous habiller et me passa les menottes.

Dans la voiture qui nous amenait au poste de police, personne ne pipa mot, tant l’ambiance était lourde et pesante. Les larmes aux yeux, Tanuja me regardait fixement comme pour me demander pardon, mais ne dit rien. Mon cœur brûlait, et ne cessait de battre à tout rompre. Je me sentais seule, perdue, abasourdie, malheureuse à en crever. Mes yeux me piquaient mais aucune larme ne coula. Je fixai, à mon tour, ma belle amante pensant à tout le malheur qui s’abattait sur moi, sur nous. J’imaginai la suite des évènements mais j’étais hélas bien loin du compte.

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